Portrait

Rencontre en Novembre 2021 avec Sophie Baudouard et Gabrielle Trochon (étudiantes en Master Journalisme culturel à Sorbonne Nouvelle Paris).

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Nicolas Bijakowski

Chimiste de la peinture

Sorti il y a peu de l’école des Beaux-Arts de Cergy, Nicolas Bijakowski expose actuellement à la galerie Maxime.D, dans le quatrième arrondissement de Paris. Si cet événement est loin d’être le premier pour lui, il confie aimer le partage qui se crée chaque fois entre ses “expérimentations sur toile” et le visiteur.

 

« Je me considère plus comme chimiste que comme artiste peintre. Mon atelier est un laboratoire, un lieu d’expérimentation » souligne le jeune homme de 24 ans. Et ses matériaux de création le prouvent : ici, pas de peinture à l’huile ni d’acrylique mais différentes poudres volatiles, pigments sombres et liants en tout genre qu’il vient étaler sur la toile. Nicolas Bijakowski insiste, impossible de faire une œuvre entièrement par lui-même s’il veut en être satisfait. Il préfère « peindre 40% de l'œuvre et laisser 60% au hasard ». Le hasard ? Ce sont les conditions météorologiques, la pluie, la chaleur, qui viennent apposer leur marque sur son travail. « C’est plus facile d’aimer un tableau quand je sais que je n’en suis pas le seul créateur. »

 

Dès son adolescence, Nicolas Bijakowski se lance dans le street-art et laisse son empreinte sur les murs des bâtiments désaffectés de Paris et ses Banlieues. C’est en 2015 qu’il découvre la toile, un médium qui lui plaît immédiatement : il peut travailler à plat, faire vivre les reliefs sans qu’ils ne subissent la pesanteur. « Avec cette technique, je deviens un cartographe : sur des strates tantôt noires, tantôt blanches, je creuse des rhizomes qui forment comme une vue panoramique du ciel. » La monochromie, que l’on pourrait penser attristante, est majeure dans l'œuvre du peintre. Il dit adorer le noir, une couleur chaleureuse et accueillante qu’il utilise pour réverbérer sa sensibilité.

 

« Il y a beaucoup de choses que je veux transmettre aux autres. Ce que je n’arrive pas à exprimer, je le peins. » Alors, pour concentrer ses émotions, il travaille dans un silence total, pour la pureté. Terre à terre, il n’hésite pas à détruire le mythe du peintre maudit, se sentant plus proche du rythme « CSP+, 9h-17h ». Il est formel : travailler la nuit, c’est une perte de temps.

 

Et cette lucidité plaît : Nicolas Bijakowski a déjà séduit l'œil, entre autres, du styliste Jean-Paul Gaultier. « Tout ce partage, c’est ça que je recherche en faisant de l’art. » Ses travaux n’ont pas vocation à végéter dans l’atelier. Ils trouvent leur place sur les murs de l’acheteur : « c’est là que l'œuvre s’équilibre, au-dessus du canapé d’un particulier qui a choisi de le mettre là. » Ses dernières pièces sont d’ailleurs dans cet esprit : le peintre a eu l’idée de déconstruire la toile, à la manière d’un puzzle. L’idée est de vendre une œuvre faite de différents fragments, que l’acquéreur peut accrocher à sa manière, créant lui-même l’équilibre : plus qu’un simple achat, c’est une réappropriation des émotions du peintre.

 

« Tout ça est possible grâce aux galeries, et aux gens qui me soutiennent. » Preuve en est l’ascension du jeune prodige dont la première exposition prenait place dans le cabinet médical de sa mère. Cinq ans plus tard, il signe des contrats sur Marseille et en Bretagne et s’exporte partout dans le monde : Chine, Australie, La Réunion… Un partage qui grandit de jour en jour et lui permet d’évoquer son rêve : « Si je pouvais faire ça toute ma vie, je serais très heureux. » Artiste expérimentateur loin d’avoir fini sa carrière, Nicolas Bijakowski nous promet encore de belles œuvres à venir...